Avant le chemin de fer et la route automobile, on mesurait les voyages du Levant en journées d'un khan à l'autre. Le caravansérail constituait une infrastructure standardisée : un rectangle clos percé d'une seule porte, une cour pour les bêtes et les charges, des galeries à arcades, des réserves et des écuries au rez-de-chaussée, et à l'étage des chambres où les marchands dormaient au-dessus de leurs marchandises. Le Khan al-Hilu appartient à cette famille d'édifices, et le film s'en sert pour reconstituer une manière de circuler et de commercer qui a façonné les villes de la région. La caméra suit la logique du plan — la porte assez large pour une bête chargée, la cour comme vide organisateur, la galerie d'ombre, l'escalier menant à l'étage — et exploite ce qui rend ces bâtiments si photogéniques : l'ombre dense sous les arcs, les seuils usés, la lumière tombant dans un carré de ciel clos. Restaurés, les khans sont devenus dans plusieurs villes des lieux culturels, des marchés ou des espaces publics ; le programme se clôt sur cette seconde vie, où une architecture conçue pour les caravanes retrouve un usage dans la cité contemporaine.