Aucune capitale européenne n'a été détruite aussi méthodiquement que Varsovie. Après l'insurrection de 1944, les forces allemandes ont démoli ce qui subsistait de la ville, et la vieille ville n'était plus qu'un champ de gravats. Ce qui a suivi explique qu'on la filme aujourd'hui : un travail de reconstruction collective, mené d'après des relevés, des gravures et les vues peintes par Bernardo Bellotto au XVIIIe siècle, qui a rendu à la place du Marché, aux maisons de bourgeois, aux remparts et au Château royal leur forme ancienne. Ce centre historique a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO précisément comme exemple exceptionnel de reconstruction. Au-delà, le film lit les autres Varsovie superposées sur le même sol : les avenues classiques de la voie royale, les mémoriaux et les traces du ghetto, la monumentalité socialiste du Palais de la culture, les tours de verre d'une capitale d'affaires. Le portrait d'une ville qui a choisi de rebâtir plutôt que de recommencer.