Après l'incendie du premier théâtre d'Odessa, la ville fit appel à Ferdinand Fellner et Hermann Helmer, l'agence viennoise qui avait déjà doté l'Europe centrale de toute une génération d'opéras. Le résultat couronne la pente qui descend vers la mer : un volume néo-baroque de façades courbes, de groupes sculptés et de loggias à colonnes, qui semble appartenir autant à Vienne qu'à la mer Noire. La surprise est à l'intérieur. Derrière la retenue de la pierre, la salle se déploie en stucs rococo dorés, en étages de loges, sous un plafond peint que vient refermer un lustre monumental ; son acoustique passe depuis longtemps pour l'une des meilleures de la région. Le film va de la place aux foyers, des escaliers d'apparat à la salle, puis dans les coulisses — studios de répétition, dessous de scène, machinerie — où une compagnie prépare une représentation. Emblème d'Odessa et l'un des grands théâtres européens du XIXe siècle, l'édifice offre aux programmateurs un sujet d'architecture doublé du portrait d'une institution culturelle vivante.